L'impact de l'IA sur le processus créatif

Résumé : Créer une BD avec l’approche traditionnelle | Créer un storyboard avec l’IA | Le processus créatif inversé | Trouver un équilibre entre gain de temps, créativité et préservation d’un savoir-faire

Pascal Michelet | Date : 25/05/26

Créer une bande dessinée demande du temps, de l’endurance et une certaine capacité à accepter l’échec. Entre le scénario, le découpage, les recherches graphiques, les esquisses et l’encrage, une planche peut représenter des jours — parfois des semaines — de travail.

Et malgré cela, il arrive qu’elle finisse à la poubelle.

Comme beaucoup d’auteurs, je pourrais m’appuyer davantage sur les outils numériques. J’ai passé près d’un quart de siècle dans le design : je connais bien les logiciels, les workflows, les méthodes d’itération.

Pourtant, dans la bande dessinée, j’ai longtemps résisté à cette approche.

D’abord parce que les auteurs qui m’ont donné envie de dessiner (Hergé, Crumb, Tardi, Reiser, Burns, Botes... ) travaillent de façon traditionnelle.

Ensuite parce que j’ai un attachement physique à la matière : le papier, l’encre, la plume, les accidents du trait.

Enfin parce que le dessin est rattaché à une histoire immense, vieille de plusieurs dizaines de milliers d’années, dans laquelle chaque dessinateur vient prendre place à son tour.

Mais cette fidélité au dessin traditionnel a aussi un coût.

Pendant plus de dix ans, j’ai recommencé des pages entières après y avoir consacré énormément de temps.

À force, une question finit forcément par apparaître : pourquoi continuer ainsi ? Pourquoi persister dans une méthode si lente, si fragile, surtout lorsqu’on publie peu ou pas encore ?

Je comprends parfaitement ceux qui travaillent sur ordinateur. Et c’est précisément pour cette raison que j’ai commencé à chercher un compromis.

L'approche traditionnelle

Quand on veut créer une BD sans passer par le numérique, il faut du temps.

Les étapes sont nombreuses :

  1. écriture du scénario

  2. recherches graphiques

  3. format des planches (nombre de cases par planche et organisation)

  4. esquisses

  5. dessin élaboré

  6. encrage

Avec l'approche traditionnelle, il est très difficile de corriger une planche qui a déjà été encrée.
Avec l'approche traditionnelle, il est très difficile de corriger une planche qui a déjà été encrée.

La difficulté la plus importante, à mon niveau, a toujours été de faire fonctionner ensemble le texte et l’image.

Parce qu’une scène qui paraît juste dans un script peut être lourde, confuse ou plate quand elle est dessinée.

Entre l’écriture du scénario et les premiers dessins élaborés, j’ai toujours rencontré de grandes difficultés.

C'est ce qui m'a donné envie de tester l'IA.

Créer un aperçu du résultat final grâce à l’IA

Ce qui m’intéresse avec les outils d’IA n’a rien de magique.

Pour créer des images, je peux partir :

  • d’une description textuelle

  • d’une description, accompagnée d’images de référence

  • d’une description, accompagnée d’images de référence et d’une esquisse


La création d'un résultat avec l'IA qui ressemble au résultat final change plusieurs choses.

Elle me permet de surmonter le problème dont j'ai parlé avant, avant de me lancer dans un dessin élaboré je peux maintenant créer un storyboard qui m'aide à voir si ma planche a toutes les qualités que je souhaite. C'était déjà possible avant avec l'esquisse mais cette approche ne me permettait pas de m'approcher assez du résultat final.

Les avantages de cette méthode :

  • les dessins sont élaborés, ils ne sont pas juste esquissés

  • faire des changements est plus rapide : modifier un texte, changer l'ordre des cases, retravailler l'ensemble prend moins de temps

  • un style final peut être associé au résultat


Cet aperçu n’est pas l’œuvre finale, c’est un brouillon.

On est encore au stade de l’idée et pas du résultat final.

Cette méthode me rappelle celle des tests utilisateurs que j’utilisais autrefois dans le design, en UX : créer un prototype permet de comprendre plus vite ce qui marche et ce qui ne marche pas. Ces prototypes sont utilisés dans plein de contextes : science, éducation (1), art (2), créations de films, musiques (3), etc

Le processus créatif inversé

Le fait de pouvoir projeter rapidement un résultat final change la façon de travailler.

Cette projection inverse le processus traditionnel parce le résultat final peut être projeté directement après que les textes soient écrits.

Mais, comme mon but n'était pas seulement de projeter mes textes mais de faire coller aussi le résultat final à mes dessins de personnages, je décidai de suivre ce processus créatif :

  1. écriture du scénario

  2. recherches graphiques et dessin de mes personnages

  3. organisation des planches (nombre de cases et spatialisation)

  4. aperçu du résultat final grâce à l’IA

  5. dessin élaboré (crayon)

  6. encrage

Si l'on compare ce processus inversé au processus traditionnel la différence est la suivante : l'esquisse est remplacée par l'aperçu créé avec l'IA.

A la manière d'un storyboard, l'IA permet d'anticiper un résultat final.

Mais ce processus n'a pas marché comme je le voulais à cause de la difficulté dont je vais parler maintenant.

Dans le processus créatif inversé, l'IA est utilisée pour générer et éditer, ce qui permet de tester
Dans le processus créatif inversé, l'IA est utilisée pour générer et éditer, ce qui permet de tester

Avec l'approche traditionnelle, il est très difficile de corriger une planche qui a déjà été encrée.

Dans le processus créatif inversé, l'IA est utilisée pour générer et éditer, ce qui permet de tester ses planches.

Le rapport à la création n’est plus le même...

Je pense qu’il faut expérimenter longtemps avant de trouver la bonne distance avec ces outils, afin de trouver un équilibre entre gain de temps, créativité et préservation d’un savoir-faire.

La création de ces aperçus, qui nécessite de maîtriser les bases du prompt engineering - et, dans mon cas, de dessiner les personnages finaux pour obtenir un résultat qui ressemble un minimum à ce que je souhaite - bouleverse notre rapport à la question du faire.

En travaillant sur ma mini-série, j'ai découvert que cette méthode ne me convient pas malgré les avantages dont j'ai parlé ici.

Pour expliquer pourquoi, j'ai décidé de dédier un second article à cette question de la créativité : créer ou ne pas créer avec l’IA : Les histoires de Franz le Chat.

Je ne cherche ni à rejeter l’IA, ni à lui abandonner entièrement le processus créatif.

J’essaie plutôt de comprendre comment l’utiliser sans perdre ce qui me donne envie de dessiner depuis le début.

Au fond pour moi, la question n’est pas seulement technique, elle est existentielle : comment continuer à faire une œuvre personnelle dans un monde où les images peuvent désormais être produites à l’aide d’un clic ?


(1) The AI-Powered Flipped Classroom: Turning Homework into Deep Learning
(2) https://poptronics.fr/Ah-ca-IA-ca-IA-ca-IA
(3) "These tools should not replace the artist, but support a workflow where human intent, taste and creativity remain at the core”: Roland unveils generative AI tool, Melody Flip
(4) Jakob Nielsen - UX Roundup: Year of the Horse | Creative Workflow | AI Coding | Usability Scaling | Was I Right or Wrong? | 30,000 Citations | Winning AI Video

© 2026 Pascal Michelet