L’IA et la question du style pour un auteur

Résumé : Deux types de risques pour les illustrateurs | Contenus de communication et contenus riches | L'esthétique du formatage | Le style chez un humain

Pascal Michelet | Date : 27/05/26

Aujourd’hui, une entreprise qui souhaite communiquer peut obtenir rapidement des résultats professionnels grâce à l’IA.

Tous les métiers de service sont impactés et il en va de même dans le domaine de l’illustration.

L’argent et le cerveau de l’illustrateur

L'IA fait peser plusieurs menaces sur les illustrateurs.

D'abord, un risque économique : l'automatisation de certaines tâches sert souvent de prétexte à une baisse des rémunérations, tandis que la concurrence s'accroît avec l'arrivée de profils non-artistes utilisant ces outils.

Le second risque, plus insidieux, est cognitif. En permettant à ceux qui créent de générer plus facilement ce type de visuels, l’IA expose ceux-ci au risque d'une perte de savoir-faire. Comme je l’ai constaté moi-même avec l'expérience de Franz le chat, l’IA a naturellement tendance à transformer le créateur en superviseur du travail de l’IA.

D'où cette question : les images générées par une IA sont-elles protégées par le droit d'auteur ?

Contenus de communication et contenus "riches"

Pour bien comprendre ce qui se joue, je distinguerai deux types de contenus.

D’une part, des contenus dits de communication. Ils plus simples à produire que des contenus "riches" parce qu'ils répondent au besoin externe d'un client et doivent atteindre des objectifs commerciaux. Cette simplicité bien sûr est relative parce que la communication exige de connaître ses règles, beaucoup de pratique ainsi qu'un savoir faire technique. Ces contenus sont plus "simples" à produire parce qu'ils sont plus standardisés. Il importe peu que ces images soient personnelles car ce qui compte d'abord c'est qu'elles transmettent les valeurs et le message de leur commanditaire.

A contrario, des contenus “riches” relèvent d'un approche originale dite artistique. Le but de ce type d'oeuvre n'est pas d'être consommé. Ces oeuvres sont rattachées à un individu lui-même rattaché à une culture, un groupe, une école.

Mon but n’est pas de mettre ces contenus riches au dessus des autres.

La distinction entre ces deux types de contenus me semble utile parce qu’elle permet d’identifier, à mon avis, un certain type de contenus que l’IA ne sait pas créer.

Parce qu'ils incarnent ceux qui les créent, l'histoire, la sensibilité de ceux qui les créent, les contenus "riches" sont susceptibles de posséder un style, le style unique de celle ou de celui qui les a faites.

Or une IA n'est pas capable de faire cela, elle ne sait pas créer un style, elle peut seulement régénérer ce qu'elle a vu, copier, synthétiser, recombiner un type d'images auquel un style est rattaché.

L'esthétique du formatage

Parce qu'elles ne savent pas être personnelles, les images créées à l'aide d'IA se reconnaissent souvent aux caractéristiques suivantes :

  • leur perfection graphique. Ce sont des images sans erreurs, techniquement parfaites, lisses, sans repentir.

  • leur formatage. L’absence d’originalité de ces visuels vient justement du fait qu'elles imitent d'autres images (avec leur style), ce qui peut aller jusqu’à l’imitation de leurs défauts et leur donner un côté vrai, ce qui bien sûr compliquera leur reconnaissance.


C’est en raison de ce formatage qu'il est ardu de demander quelque chose d’un peu original ou de décalé à une IA, comme par exemple lui demander de créer une perspective sans point de fuite, ou de modéliser un personnage avec des traits bizarres. Bien sûr, ce problème là n’est "que" technique (et la technique progressera) mais le formatage fait partie intégrante du fonctionnement de ces modèles : ils sont conçus pour générer du beau, de la moyenne, de l'équilibré. D’où la tendance toujours de ces modèles à produire quelque chose de consensuel.

En déléguant une partie trop importante de son travail à une IA, l’illustrateur prend le risque de perdre une partie de son savoir-faire et de devenir le superviseur de ce que fait l'IA.

Le style humain

Si ces images générées par algorithme n’ont pas de style propre, c’est pour une raison simple et fondamentale : le style est quelque chose de profondément humain.

  • sur le plan cognitif, le style est subjectif, l’artiste se représente le monde avec ses propres filtres, ses attentes, ses préjugés (1)

  • selon Meyer Schapiro (2), même si un individu est influencé par les conditions économiques et sociales de son époque, il conserve, à travers son style, une sphère vitale de liberté individuelle, de spontanéité et de fantaisie

  • Le style n'est pas qu'une esthétique de surface, c'est l'incarnation d'une intention et d'une pensée philosophique propre à l'individu dans un contexte donné (3)

  • Le style est quelque chose qui évolue avec l’artiste, il évolue en permanence avec la sensibilité et l’expérience de la personne.


Le style est finalement une anomalie profondément humaine, “la trace vivante et organique du labeur corporel, faite de maladresses”(4) et de luttes, qui échappe à la perfection stérile du calcul algorithmique.


(1) Art and Illusion - Ernst Gombrich
(2) Style - Meyer Schapiro
(3) The Transfiguration of the Commonplace - Arthur Danto
(4) Reverse Turing Test Experiment with AIs

Contact

Reach out for AI insights or questions.

Email

Phone

hello@mentenova.ai

+1-555-123-4567

© 2025. All rights reserved.